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Construire

Pourquoi je construis des projets à La Réunion

Je vis sur une île à 10 000 km de la métropole. C'est exactement pour ça que je construis ici. Ce qui manque, ce qui m'anime, et pourquoi ça vaut le coup.

Le déclic

Pendant des années, j'ai aidé des entreprises à trouver leurs clients. Freelance Growth, coach chez Google, campagnes Meta, automatisation — le quotidien classique d'un marketeur digital. Je faisais bien mon travail, les résultats suivaient, les clients étaient contents.

Mais quelque chose me manquait. Je construisais pour les autres, jamais pour moi. Je savais acquérir des utilisateurs, mais je n'avais jamais créé le produit qu'ils utiliseraient. C'est une frustration qui grandit lentement. Tu deviens bon dans l'exécution, mais tu ne touches jamais à la vision.

Le déclic est venu d'un constat simple : à La Réunion, il y a des problèmes que personne ne résout. Pas parce qu'ils sont insolubles — parce que les gens capables de les résoudre ne sont pas ici, ou ne s'y intéressent pas.

Louer du matériel outdoor entre particuliers ? Pas d'outil dédié. Réserver un gîte à Mafate sans appeler 15 numéros ? Impossible. Connecter un influenceur local avec une entreprise du coin ? Ça se fait par DM Instagram, au cas par cas. Tous ces problèmes sont des opportunités. Et elles sont accessibles à un solopreneur avec les bonnes compétences.

La Réunion, un terrain de jeu unique

Pour comprendre pourquoi je construis ici, il faut comprendre le terrain. La Réunion, c'est 900 000 habitants sur une île de 2 500 km². C'est un département français, mais à 10 000 km de Paris. L'océan Indien, pas la Méditerranée.

Cette distance crée un phénomène intéressant : les gros acteurs de la tech ne s'y intéressent pas. Vinted ? Trop de contraintes logistiques pour l'outre-mer, les frais de port explosent. Doctolib ? Le marché est trop petit pour justifier une équipe dédiée. Les plateformes de réservation nationales ? Elles ne comprennent pas les spécificités locales — essaie d'expliquer à Booking que certains gîtes à Mafate n'ont pas d'électricité et sont accessibles uniquement à pied.

Ce vide laissé par les acteurs nationaux, c'est l'espace dans lequel je construis. Pas par défaut — par conviction. Parce que les solutions locales, pensées par des gens qui vivent ici, sont intrinsèquement meilleures pour ce marché.

Le contexte insulaire a un autre avantage : le bouche-à-oreille va vite. Très vite. Sur 900 000 habitants, les communautés sont soudées. Si ton produit est bon, les gens en parlent. Si ton produit est mauvais, les gens en parlent aussi — et tu es grillé en une semaine. C'est exigeant, mais c'est honnête.

Mes projets, nés du quotidien

Je fais du trail et du beach tennis. Je passe mes week-ends dans les cirques ou sur la plage. C'est en vivant ici, en pratiquant, que les idées de projets sont venues — pas d'une étude de marché.

L'outdoor. La Réunion est un paradis pour la randonnée, le trail, le kayak, la plongée, le beach tennis. Mais le matériel coûte cher, et tout le monde n'a pas la place de stocker un kayak ou un vélo de trail. Résultat : des gens qui ont du matos au garage et des gens qui en cherchent. Kala est né de ce constat. La location entre particuliers, géolocalisée, avec un système de caution sécurisé. Simple, mais ça n'existait pas.

Le tourisme intérieur. Mafate, c'est le cirque le plus sauvage de l'île. Des dizaines de gîtes disséminés dans les îlets, accessibles uniquement à pied. Pour réserver, il faut appeler chaque gérant un par un, espérer qu'il décroche (le réseau est aléatoire), et croiser les doigts pour qu'il reste des places. Côté gérants, c'est pire : cahier papier, réservations en double, no-shows. MafateRésa résout tout ça — disponibilités en temps réel, paiement sécurisé, tableau de bord pour les gérants.

Le marketing local. Les influenceurs réunionnais ont des audiences engagées. Les entreprises locales cherchent de la visibilité. Mais les connecter, c'est du bricolage — DMs Instagram, bouche-à-oreille, pas de tarifs clairs. Zinfluence structure cette relation avec une marketplace type Malt.

L'alimentation animale. Babines, c'était la première box de repas frais pour chiens à La Réunion. Recettes formulées par une vétérinaire, livrées tous les 28 jours. Le produit a marché, la croissance était là, mais l'infrastructure n'a pas suivi. J'y reviendrai dans un prochain article.

Chacun de ces projets est né du même processus : observer un problème local, vérifier qu'il n'existe pas de solution, et construire.

Pourquoi pas Paris

On me pose souvent la question. "Pourquoi tu ne montes pas à Paris ? Le marché est plus grand, les investisseurs sont là, l'écosystème startup est mature." C'est vrai. Mais c'est exactement pourquoi ça ne m'intéresse pas.

À Paris, tu es en concurrence avec des centaines de startups bien financées. Le coût d'acquisition est élevé. Les utilisateurs sont sollicités de toutes parts. Pour exister, tu dois lever des fonds, recruter vite, scaler avant d'avoir trouvé ton product-market fit. C'est un modèle qui convient à certains profils — pas au mien.

À La Réunion, je connais mon marché. Je croise mes utilisateurs au marché forain du dimanche. Je peux tester une idée en quelques semaines et avoir des retours directs. La concurrence est faible sur la plupart des verticales que je cible. Et surtout, je peux bootstrapper — pas besoin de lever un euro pour commencer.

Le trade-off, c'est le plafond. Sur 900 000 habitants, un produit B2C local ne fera jamais des millions d'ARR. Mais ce n'est pas mon objectif. Mon objectif, c'est de créer des produits qui marchent, qui sont utiles, et qui me permettent de vivre de ce que je construis. Ici.

Le profil du builder local

Pour construire seul sur un petit marché, il faut un profil hybride. Tu ne peux pas être uniquement dev, uniquement marketeur, ou uniquement product manager. Il faut tout faire.

Mon parcours m'y a préparé sans que je le réalise. Sept ans de Growth marketing m'ont appris à acquérir des utilisateurs, optimiser des funnels, analyser des données. La proximité avec les produits de mes clients m'a appris à penser UX, à prioriser les features, à raisonner en parcours utilisateur. Et l'arrivée de l'IA a comblé mon manque en dev — je peux aujourd'hui construire un MVP complet sans être développeur au sens traditionnel.

Ce profil de "builder généraliste" est sous-estimé. Dans l'écosystème startup classique, on valorise la spécialisation. Mais quand tu es seul sur un petit marché, c'est la polyvalence qui fait la différence. Tu dois savoir coder ton MVP, écrire ton copy, configurer ton Stripe, faire tes pubs, et aller coller des affiches dans les toilettes des restos.

Ce qui m'anime vraiment

Au-delà du produit et du business, il y a quelque chose de plus profond. L'envie de créer des choses utiles pour les gens autour de moi. Pas des side projects pour le CV, pas des proof of concept abandonnés après le weekend — des vrais produits qui résolvent des vrais problèmes.

Je vis dans un endroit extraordinaire. Une île avec des montagnes à 3 000 mètres, des cirques accessibles uniquement à pied, une culture riche et métissée, une communauté soudée. Et en même temps, c'est un territoire avec des défis : isolement, coût de la vie élevé, fracture numérique dans certaines zones, difficultés logistiques.

Chaque projet que je lance est une tentative de répondre à un de ces défis. À mon échelle, avec mes moyens. Kala facilite l'accès au matériel outdoor. MafateRésa modernise la réservation dans le cirque le plus emblématique de l'île. Zinfluence structure le marché de l'influence locale.

Ce n'est pas du charity. C'est du business. Mais c'est du business ancré dans un territoire, au service de ses habitants. Et ça donne du sens à ce que je fais chaque matin.

Documenter pour partager

Ce blog est un carnet. Mon carnet de builder. J'y documente tout : mes réflexions, mes choix techniques, mes erreurs, mes victoires. Pas pour le SEO, pas pour la visibilité — pour la trace.

Parce que je suis convaincu qu'il y a d'autres builders potentiels à La Réunion. Des gens qui voient les mêmes problèmes, qui ont les mêmes compétences, mais qui n'osent pas se lancer. Ou qui ne savent pas par où commencer.

Si ce carnet peut servir de point de départ à un seul d'entre eux, il aura rempli son rôle. Et si ça crée des conversations, des échanges, des collaborations — encore mieux.

L'île a besoin de builders. C'est ma conviction profonde. Pas de startups à la parisienne, pas de levées de fonds pharaoniques. Juste des gens qui construisent des choses utiles, bien faites, ancrées dans le territoire.

Ce qui vient

Dans les prochains articles, je vais entrer dans le concret. Comment je réfléchis un projet avec l'IA avant d'écrire une ligne de code. Comment je choisis ma stack. Comment je trouve mes premiers utilisateurs. Comment j'ai arrêté Babines et ce que j'en retire.

Chaque article sera un chapitre de ce parcours. Pas de théorie abstraite — du vécu, des chiffres, des screenshots. Le genre de contenu que j'aurais aimé lire quand j'ai commencé.

Bienvenue dans mon carnet.